L’Economiste – Stagiaires: Les deux tiers des employeurs déçus

Qu’elle soient de grandes entreprises, des PME ou des TPE, elles font toutes appel à des stagiaires. Selon la dernière enquête réalisée de janvier à septembre 2018, auprès de 34.052 étudiants et 1.286 managers, par Stagiaires.ma, 84% des entreprises marocaines ont recours à ces ressources, contre 38% en 2014. Pour recruter des stagiaires, ces entités passent, pour la majorité d’entre elles, par des jobboards (82%), les réseaux sociaux (57%), ou les écoles (42%). Cependant,  les ¾ des managers avouent rencontrer des difficultés lors de leur recrutement.

Ces complications sont liées en premier lieu au manque de réactivité de l’école (93%), la qualité des profils (77%), absence lors de l’entretien (61%) ou encore à l’indisponibilité des stagiaires (49%). Même constat auprès des étudiants. Pour eux, les difficultés résident dans la prise de contact avec le décideur (91%), le suivi de la candidature (85%) et le choix de l’entreprise (76%).

Pour les étudiants résidant à l’étranger, seul le quart est confronté à des obstacles. Leur dilemme est le choix de l’entreprise (89%) et le suivi de la candidature (88%). En revanche, ceux qui ont le plus de mal à décrocher un stage sont les Subsahariens résidant au Maroc (98%).

En 2018, près des ¾ des managers disent rémunérer leurs stagiaires, alors qu’en 2014, seulement le tiers le faisait.  Ce sont les TPE qui sont les plus adeptes de cette pratique (92%), suivies des PME (73%) et les grandes entreprises (54%). Mais s’ils sont indemnisés, le montant de la prime perçue reste dérisoire. Le quart des stagiaires perçoivent  moins de 2.000 DH par mois, 19% entre 2.000 et 3.000 DH et le reliquat plus de 3.000 DH. En revanche, certaines sociétés essayent de compenser en octroyant certains avantages, à savoir: le transport, la restauration, les chèques cadeaux et autres.

Côté satisfaction, près des deux tiers des employeurs sont déçus par les stagiaires qu’ils reçoivent. Et pour cause, le manque d’assiduité et ponctualité (76%), absence de connaissances théoriques (63%), non-atteinte des objectifs (57%), ou encore faiblesse en communication (53%). Les étudiants sont également insatisfaits de leur passage en entreprise (67%). Ils dénoncent les horaires de travail incompatibles, l’absence d’encadrement, ou encore la faiblesse des indemnités de stage et avantages. 

Pour les recruteurs, les périodes de stage sont considérées comme une expérience professionnelle. Toutefois, elles doivent répondre à certaines conditions. En effet, 76% des employeurs s’accordent à  dire qu’il faut justifier d’une durée de stage cumulée de 6 à 18 mois, 83% estiment qu’il faut avoir passé 3 ou 4 stages pour être «employable».

«Responsabiliser les écoles et universités publiques»

Les jeunes stagiaires issus du système public sont ceux qui effectuent le moins de stages. Pour cause, l’inadéquation des périodes et durées de stage proposées par les entreprises, mais aussi le manque d’implication et d’encadrement des écoles. Pour Youssef Elhammal, CEO de stagiaires.ma, pour sensibiliser les écoles, «il faut réglementer les stages en les rendant obligatoires».

– L’Economiste: En 5 ans, le nombre d’entreprises ayant recours aux stagiaires a plus que doublé (38% en 2014, 84% en 2018). Selon vous, d’où vient cet engouement ?  
– Youssef Elhammal:
 Les entreprises sont de plus en plus sollicitées par les étudiants et les plus au fait des dates de départ en stage. Les réseaux sociaux et la multiplication des jobboards (sites de recrutement) jouent aussi un rôle, en aidant les entreprises à accéder aux stagiaires. Par ailleurs, le stage est pour les employeurs un bon moyen de recruter les meilleurs profils. Les entreprises ont pris conscience que la formation théorique ne correspond pas à leur besoin en recrutement. Elles optent pour des profils d’étudiants en phase finale de leurs études, les forment, et embauchent les meilleurs d’entre eux.
 
– Plus l’entreprise est grande et structurée, moins elle offre des indemnités de stage. Comment expliquez-vous ce constat ?
– Heureusement pour les autres tailles d’entreprises, car la plupart des étudiants souhaitent passer leur stage dans de grandes structures.
Les grandes entreprises (GE) proposent plus des avantages en natures, transport de personnel ou cantine, plutôt que l’attribution d’une prime de stage. Aussi, il est à noter qu’à peine 10% des étudiants questionnés ayant effectué leur stage dans une GE ont déclaré être satisfaits.
En revanche, ceux ayant passé leur stage dans des TPE ou startups sont rémunérés dans 92% des cas, et 55% disent être satisfaits de leur expérience.

– Plus de la moitié des stagiaires pâtissent du manque d’accompagnement durant leur stage. Comment remédier à ce manque d’intérêt?
– Ce constat est plus important auprès des écoles et des universités publiques. Ces étudiants ont du mal à choisir une entreprise d’accueil. Ce qui les décourage fortement et baisse ainsi leurs chances d’intégrer le marché du travail. Pour y remédier, il faut responsabiliser les écoles et les universités sur leur rôle dans l’employabilité de leurs lauréats. Il serait également judicieux de réglementer le stage en le rendant obligatoire. «Encourager» les managers à prendre des étudiants au sein de leur entreprise pourrait être une des solutions envisageables aussi.
 
– Alors que 85% des entreprises recherchent des stagiaires pour une période de plus de 3 mois, seulement 16% des étudiants de la formation publique s’alignent sur cette durée. Pourquoi autant d’écart?
– Tout simplement parce que les étudiants issus du système public démarrent très tardivement leur année universitaire, et continuent à faire passer le théorique avant la pratique. Les écoles privées ont compris cela. Elles proposent des durées et dates de départ en stage plus en phase avec les besoins des recruteurs.

Source: https://leconomiste.com/article/1034767-stagiaires-les-deux-tiers-des-employeurs-decus